Remettre les VIEUX au cœur du village : pourquoi il faut réhabiliter ce mot

I. Pourquoi dire « vieux » dérange encore ?

Dans le monde médico-social, il y a des mots qui dérangent. « Vieux » en fait partie.

Certains le jugent choquant, irrespectueux, brutal. On lui préfère souvent des expressions plus policées : « seniors », « aînés », « sages », voire « personnes du bel âge ».

Mais qu’est-ce que ces périphrases révèlent vraiment ? Une forme de gêne, de malaise face à ce que représente la vieillesse. On ne veut pas la nommer, parce qu’on ne veut pas la voir.

Et pourtant, on dit bien « jeune » sans que personne ne s’en offusque. Pourquoi le mot « vieux » serait-il tabou, alors qu’il décrit une réalité aussi neutre que l’âge d’un enfant ou d’un adolescent ?

C’est parce que en 2025, le mot « vieux » est associé à une image négative : déclin, inutilité, dépendance. Et c’est précisément pour cela qu’il faut le revendiquer, le redéfinir, et le sortir de l’humiliation.

II. Ce n’est pas le mot qu’il faut supprimer, c’est l’usage qu’on en fait

On entend parfois : « Le mot vieux est insultant, irrespectueux pour les personnes » Mais ce n’est pas le mot le problème. C’est ce qu’on y met. C’est la façon dont il est utilisé.

Pour signaler la différence, voire la défaillance, et légitimer des comportements d’exclusions ou négation de l’autonomie. 

Ce n’est donc pas le mot qu’il faut censurer, c’est le regard qu’il faut transformer.

Réhabiliter le mot « vieux », c’est justement cela : le sortir de la moquerie, de la honte, du mépris. Et lui redonner sa force : celle d’un mot simple, direct, chargé d’expérience, de vécu, de respect.

C’est faire de ce mot une porte d’entrée vers la reconnaissance, et non une étiquette disqualifiante.


III. Ne pas dire « vieux », c’est parfois plus insultant encore

Ceux qui s’offusquent du mot « vieux » ne sont pas les vieux eux-mêmes. Ce sont souvent les aidants, les professionnels du secteur, les communicants. Ceux qui veulent protéger. Ceux qui veulent bien faire (et qui pensent savoir mieux que les vieux eux même ce qui est bien pour eux !). 

Mais ce faisant, ils contribuent souvent à figer les vieux dans une position de fragilité permanente. En évitant le mot, on évite le statut. Et en évitant le statut, on empêche la relation d’égal à égal.

Dire « vieux » n’est pas réducteur. C’est au contraire reconnaître un statut, un parcours, une histoire, une génération.

À l’inverse, parler de « seniors » ou d’« aînés » pour ne pas froisser, c’est souvent une façon de maquiller une peur : celle de notre propre vieillissement. 

Alors on protège, pour se protéger, des personnes qui n’ont pas besoin de notre protection mais de notre considération. Sans jamais leur demander leur avis.

IV. Et les vieux, justement, qu’en pensent-ils ?

Depuis la création de Bistrot Bertha, et ce premier podcast* où je cherchais à réhabiliter le mot “vieux”, j’en ai fait un cheval de bataille. Pas seulement dans mes discours, mais dans le slogan même de notre projet :

👉 Remettre les vieux au cœur du village.

On l’a inscrit sur les flyers. Sur les tabliers. Sur les remorques. Et on l’a affiché dans les établissements, dans les EHPAD où nous intervenons.

Et vous savez quoi ? Aucune protestation des résidents. Pas un seul résident choqué. Bien au contraire.

La plupart des réactions :

« Ah oui, ça… ce serait bien de remettre les vieux au cœur du village. »

et surtout beaucoup de « merci de ce que vous faites pour nous. »

Pourquoi ? Parce qu’ils savent qu’ils sont vieux. Ils savent aussi que ce n’est pas un problème. Ils aimeraient parfois être plus jeunes, c’est vrai. Moins douloureux au réveil. Plus disponibles pour leurs arrière-petits-enfants. Mais ils ne vivent pas dans le déni. 

Les appelés seniors ne les fera pas rajeunir. 

Ce qu’ils souhaitent c’est d’être traités comme des adultes pas d’être appelé « aînés » tout en étant considérés comme des enfants.

V. Dire « vieux », c’est construire une autre relation

Le mot « vieux » permet d’ouvrir une relation nouvelle. Une relation qui n’est pas celle de l’aidant et de l’aidé. Ni celle du soignant et du soigné.

C’est une relation adulte à adulte, respectueuse de la personne, de son parcours.

Car derrière le mot vieux, il y a :

  • une histoire personnelle
  • une génération différente de la nôtre
  • une mémoire collective
  • une manière d’être au monde

Appeler une personne « vieille », ce n’est pas réduire la personne à sa souffrance ou ses difficultés. C’est reconnaître qu’elle a traversé un monde que nous n’avons pas connu. Qu’elle a des choses à transmettre. Qu’elle n’est pas à effacer, mais à écouter.

Et cela change tout dans la posture : on ne fait plus « pour » les vieux. On fait avec eux.

VI. Quand les mots changent le regard

Chez Bistrot Bertha, notre slogan n’est pas du marketing. C’est un manifeste. Remettre les vieux au cœur du village, ce n’est pas seulement poser un bistrot dans un EHPAD. C’est transformer la place symbolique des vieux dans la société.

C’est dire qu’ils ne sont pas à part. Pas en marge. Pas en attente de soins ou de silences. Mais bien au centre : du lien, du quotidien, de la convivialité.

Le mot vieux, dans ce contexte, devient un levier politique. Une manière de dire : « Regardez-les, ils sont là. Ils comptent. Ils ont leur place. »

Alors oui, certains continueront à tiquer. À vouloir édulcorer. À chercher des euphémismes. Mais nous, on continuera à dire « vieux ». Et à le faire avec fierté.

Conclusion : le respect ne passe pas par les mots doux, mais par la considération

Ce n’est pas parce que les vieux sont parfois fragiles qu’il faut les réduire à leur fragilité.

Je préfère les bousculer un peu, les regarder en face, leur parler franchement, que de les noyer sous des termes mous, condescendants ou marketés.

Dire “vieux”, ce n’est pas insulter. C’est respecter qui ils sont.

Et si ce mot vous gêne, demandez-vous : est-ce le mot, ou bien votre propre regard sur la vieillesse, qu’il vient déranger ?

Pour aller plus loin : Podcast SocioGérontologie : Faut-il appeler un vieux un vieux ? -> https://podcast.ausha.co/sociogerontologie/podcast-3

PS : Moi c’est Antoine. Je crée des bistrots dans les EHPAD pour remettre les vieux au cœur du village. Envie d’ouvrir le vôtre ? Parlons-en.

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Antoine Gérard

👋 Moi c’est Antoine, le fondateur de Bistrot Bertha. Nous créons des bistrots dans les EHPAD pour remettre les vieux au cœur du village. Envie d’ouvrir le vôtre ? Parlons-en.

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